Christine de Stephen King

Cette voiture est dingue mais chuuuut! Elle est aussi très susceptible!

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Genre : fantastique, épouvante

Année de publication originale : 1983

Pourquoi j’ai choisi ce livre / cet auteur ?

Christine fait partie des rares King que j’ai évité pendant 25 ans, et ce malgré le fait qu’il s’agisse d’un livre de l’ancienne époque (les vrais savent même si ça fait débat). Je le voyais comme l’histoire d’une bagnole folle qui se mettait à piétiner les gens qui ne l’aimaient pas et puis c’est tout. Je n’avais pas vu son adaptation cinématographique non plus et peu tentée de le faire, fût-elle réalisée par Big John himself.

Et puis, pour le blog, j’ai eu envie de laisser le choix aux twittos curieux de ma future lecture. Dont Christine. En toute franchise ce n’était pas mon choix personnel, mais je n’ai qu’une parole, alors nous y voilà !

Résumé (sans spoil)

Il n’est pas facile d’être un ado, surtout quand on s’appelle Arnie Cunningham, qu’on a de l’acné et une mère autoritaire. Heureusement il y a Dennis, son ami de toujours.

Et un jour, c’est LA rencontre. Elle s’appelle Christine. Elle a été cabossée par la vie, mais entre elle et Arnie c’est le coup de foudre. Contre l’avis de ses parents, de son ami, elle devient sienne. Leur relation est passionnelle, elle l’accapare et lui prend tout son temps, mais il est tellement ravi de prendre soin d’elle.

C’est une belle histoire, non ? Sauf que Christine est une Plymouth Fury 1958. Et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’elle n’apprécie pas qu’on se mette sur sa route, entre elle et Arnie… Gare à ceux qui essaieront !

Mon avis

La faiblesse de King, c’est que certaines de ses histoires sont archi-connues. Soit par leur adaptation cinématographique, soit pour leurs personnages ou lieux passés à la postérité dans la pop culture : le cimetière indien, le clown maléfique, … et la bagnole folle. On entame le livre en se disant qu’on connaît déjà la fin. Et c’est là que le talent de King se révèle, car son histoire c’est bien plus que ce qu’on en connaît.

Je pense notamment au fait que King ait choisi de confier la narration à Dennis, et non à Arnie, ce qui aurait été l’option logique (facile ?). En cela c’est un choix très astucieux : de cette manière il place son lecteur dans la position inconfortable qui est la sienne : spectateur impuissant de l’obsession de son meilleur ami. Spectateur impuissant de sa chute.

King finit par confier brièvement la narration à Arnie, et seulement à la moitié de l’histoire. ce qui permet de combler en partie les ellipses. On y apprend notamment comment il a réparé Christine alors qu’elle était bonne pour la casse, ou plutôt comment il ne l’a pas réparée. Il n’est placé dans la peau du narrateur qu’au moment où il a une phase de lucidité. Il pressent que quelque chose d’indéfinissable cloche avec cette voiture. Mais cette prise de conscience sera bien dérisoire comparée à l’attraction irrésistible qu’exerce Christine sur lui. King aime torturer son lecteur et lui annoncer les catastrophes à venir. Et on y plonge, comme à chaque fois.

Dire que Christine est une histoire sur une voiture maléfique serait terriblement réducteur. C’est un livre sur l’amitié, l’amitié d’enfance dont on espère qu’elle durera toujours. Puis un jour on rencontre quelqu’un et on partage sa vie. Cette amitié change, elle est plus étirée dans le temps, on se sent délaissé quand on est « l’autre ». L’amitié ne disparaît pas, si seulement on reste sincère. Mais vous vous doutez que ça ne prendra pas ce chemin, on est chez King tout de même.

Je trouve regrettable que Christine soit présentée comme un triangle amoureux, (c’est même « vendu » sur la 4e de couverture). Car sincèrement, sans dire que Leigh, la petite amie d’Arnie, n’a pas de rôle à jouer, je ne trouve pas qu’elle soit complètement indispensable à l’histoire. Pour moi elle rejoint la masse des personnages secondaires qui détesteront Christine de manière irrationnelle, ou du moins le penseront-ils avant que les événements confirment leurs impressions, confirmation parfois mortelle d’ailleurs.

Petit détail amusant : tous les chapitres commencent par un extrait de chansons contemporaines de Christine (Eddie Cochran, Chuck Berry, Janis Joplin), qui fait bien souvent écho à ce qui va suivre. Pour les amateurs de Rock, Rockabilly, cela peut constituer une petite playlist à faire tourner pendant la lecture afin de s’immerger dans l’ambiance induite par l’auteur.

Pour conclure, j’ai trouvé Christine agréable à lire, on reconnaît la patte de King et c’est toujours sympa de s’y plonger douillettement comme on le ferait avec ses chaussons, mais il ne fera pas partie de mes incontournables, de ceux que je recommande absolument quand on me demande un conseil de lecture.

Mon personnage préféré

J’admets avoir ressenti une certaine compassion pour Arnie. Ce gamin qu’on qualifierait volontiers « d’intello » typique au lycée, celui qui a des lunettes, joue dans un club d’échec et ne brille pas particulièrement au cours de sport. Qui se retrouve un temps, assez brièvement il est vrai, sous les projecteurs en séduisant la belle fille qui vient d’ailleurs, avant de plonger inexorablement. Il y a un Arnie dans chaque lycée.

Un passage qui m’a marqué

Quand je rédige cette rubrique, j’y place en général LA scène à laquelle je pense de prime abord. Là, ça a été un peu ardu, car aucune scène ne m’a choquée ou marquée spécifiquement.

Après mûre réflexion, je retiendrai le premier cauchemar de Dennis. Jusqu’à ce moment, on sent que quelque chose cloche avec Christine, mais cela se cantonnait au ressenti, à l’intuition de celui-ci. Dans son cauchemar, elle est d’abord aguicheuse (oui, oui !), puis agressive (très !) une fois éconduite. C’est ce moment qui, telle une prémonition, annonce les ennuis à venir.

Une citation

« T’es-tu jamais dit que les parents ne sont que des enfants qui vont grandir trop vite, jusqu’au jour où leurs propres enfants les forcent à se rendre compte qu’ils sont des adultes ? […]

Je vais te dire le fond de ma pensée. Je crois qu’une part de la fonction de parent consiste à tenter de tuer les gosses. »

Le saviez-vous ? Par Club Stephen King

– Stephen King a eu l’idée de l’histoire lorsqu’il a vu le compteur kilométrique de sa voiture passer de 9999.9 à 10 000. Il s’est alors demandé s’il pouvait écrire une histoire au sujet d’un compteur qui diminuait, faisant rajeunir la voiture, au point de devenir des pièces détachées. Il a par la suite souhaité transformer l’idée en une nouvelle au sujet d’une bande d’amis, comme le film « American Graffiti » (de George Lucas)… avant d’en faire un roman au sujet d’un trio amoureux. A l’époque, l’auteur avait une vieille Cadillac Rouge de 1978, mais il admirait les Plymouth Fury de 58!

– Il existe plusieurs éditions limitées du livre, en version originale. Une publiée par Donald Grant (également le premier éditeur américain de « La Tour Sombre ») en 1983, ainsi qu’une autre, plus récente, par PS Publishing pour marquer le 30e anniversaire du roman « Christine » en 2013.

– « Christine » n’est pas la seule histoire de Stephen King mettant en scène des voitures quelque peu particulières. On pense notamment aux nouvelles « Un tour sur le bolide » et « Le raccourci de Mme Todd » (dans le recueil « Brume ») avec des excursions inhabituelles en voiture; mais aussi et surtout à « Mile 81 » (une nouvelle du recueil « Le bazar des mauvais rêves ») et « Roadmaster » dans laquelle on retrouve une voiture de type « Buick 8 Roadmaster » qui, d’une, certaine manière n’est pas sans faire penser à « Christine ». On ne vous en dira pas plus, pour ne pas vous spoiler l’histoire 🙂

Bonus

Difficile de parler du livre sans parler du film réalisé par John Carpenter, n’est-ce pas ? Ce film reprend le livre de manière plutôt fidèle, et ce n’est pas devenu un classique du cinéma fantastique pour rien. Même si pour l’instant je n’ai encore jamais vu une adaptation cinématographique qui me fasse oublier le roman (ok, pas loin pour La ligne verte et Les évadés), c’est intéressant de compléter sa lecture par le visionnage du film.

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Je reste dans les évidences, et je m’en excuse, mais il fallait que j’évoque Maximum Overdrive, un film de science-fiction, écrit et réalisé par Stephen King d’après sa propre nouvelle « Poids lourds » (Trucks), et sorti en 1986 : « La comète Rhéa-M gravite très près de la Terre et provoque un dérèglement généralisé de toutes les machines en fonction sur la planète. Non seulement elles n’assurent plus les services qu’elles sont censées rendre, mais elles se rebellent avec une incroyable agressivité contre les hommes… ». C’est assez nanardesque, et cela a dissuadé King de retenté l’expérience de la réalisation.

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Pour rester dans l’univers du 7e art, je vous parle du film d’horreur Enfer mécanique (The Car) réalisé par Elliot Silverstein. L’histoire porte sur une mystérieuse automobile qui terrorise une petite ville de campagne isolée dans l’ouest des États-Unis. Ce film a été influencé par les nombreux road movies des années 1970, dont Duel de Steven Spielberg et La Course à la mort de l’an 2000 de Paul Bartel. Le film est connu pour ses effets sonores, notamment le son du terrifiant klaxon à chaque fois que l’auto frappe une nouvelle victime.

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En général, mes conseils de lecture se restreignent aux livres adultes, à la rigueur jeunes adultes, mais j’avais lu étant jeune un tome de la collection Chair de poule nommé La voiture hantée, très probablement inspiré de Christine. « Mitchell est passionné d’automobiles. Le jour où son père achète un véhicule rutilant, carrossé comme une voiture de course, il est fou de joie. Mais, lorsque les portières refusent de s’ouvrir, l’emprisonnant à l’intérieur, Mitchell comprend que la voiture a une volonté propre, une volonté maléfique… Est-ce pour cela que son ancien propriétaire était si pressé de s’en débarrasser ? ». Ce n’est pas très effrayant, et pour cause, mais ça peut être un point d’entrée intéressant pour initier les kids à l’épouvante.

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Je termine avec un petit conseil de lecture kingesque, dont le lien avec Christine est un peu tiré par les cheveux je l’admets sans peine. On y retrouve une bande de motards impitoyablement poursuivis par un énorme camion qui n’aura de cesse de les traquer tant qu’ils ne seront pas passés sous ses roues. Il s’agit de la nouvelle Plein gaz, coécrite avec son fils Joe Hill. C’est court, c’est plaisant et on n’a pas le temps de s’y ennuyer. C’est d’ailleurs directement inspiré de la nouvelle Duel de Richard Matheson (adaptée par Steven Spielberg en 1971).

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Une fois n’est pas coutume, je vous engage à jeter un œil sur cet article qui a pour thème les voitures hantées, ou plutôt maudites. Cela se présente sous forme documentaire, je ne m’avance pas pour dire si c’est plausible ou pas (encore moins avec mon petit esprit cartésien), mais c’est intéressant à lire. C’est ici ! https://www.mindshadow.fr/voitures-hantees-possedees-maudites/

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