La peau sur les os de Richard Bachman (Stephen King)

Conseil du jour : ne jamais avoir d’ennuis avec les Gitans. Encore moins tuer un des leurs…

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Genre : horreur, suspense

Année de publication originale : 1984

Pourquoi j’ai choisi ce livre / cet auteur ?

J’ai commencé à lire Stephen King il y a une vingtaine d’années. J’avais déjà lu ce roman, mais avec des yeux d’ado. En relisant Misery, je me suis rendue compte que j’avais, adulte, un regard assez différent sur mes lectures de King, un peu plus affûté. La peau sur les os étant une lecture que j’avais beaucoup appréciée (et qui est également très appréciée des fans), je me suis replongée dedans.

Résumé (sans spoil)

Billy Halleck est un homme comblé. Une femme aimante, une fille complice et un job d’avocat qui lui permet de vivre confortablement. Confortablement au point d’être obèse et de s’en accommoder malgré les taquineries de sa femme Heidi.

Et puis un jour, un moment d’inattention au volant et c’est le drame : il renverse une gitane qui traversait la route et la tue.

Il a le bras long et sort de son procès sans être inquiété. Vraiment ? Puisque la justice des hommes ne les entend pas, les gitans vont faire appel à une justice nettement occulte.

Un contact physique et Billy se met à maigrir tous les jours. Inexorablement. Implacablement…

Mon avis

Lu en 4 petits jours (oui j’ai un job à temps plein et une famille, donc pour moi c’est hyper rapide !). Littéralement dévoré. Avant même de développer mon avis, d’emblée je peux dire que La peau sur les os fait partie des livres incontournables de King/Bachman. Chaque page en appelle une autre, puis la suivante. Le suspense est géré d’une main de maître, bien qu’il n’y ait pas énormément d’action. La grande majorité des chapitres est titrée par un poids. Pas celui que Billy fait au début du chapitre, mais bien à la fin de celui-ci. Cela ne fait que renforcer le caractère inexorable de la perte de poids : quoique qu’il fasse dans le chapitre, quoiqu’il mange, il maigrira.

Lorsque le récit commence, le drame et le procès ont déjà eu lieu. Les événements vont nous être racontés sous forme de flash back, et on va très vite reconstituer le puzzle. On comprend vite que Billy Halleck est le personnage principal mais pas vraiment un héros. C’est un chauffard, certes devenu comme tel par un malheureux concours de circonstances (un geste grivois de sa femme qui l’a déconcentré), mais qui n’a pas vraiment payé sa dette. Pourquoi donc ? Parce que la victime est une gitane.

Tout au long du roman, King montre à quel point les gitans sont déconsidérés et méprisés. Cela ne semble choquer personne finalement que Billy soit acquitté. C’est un père de famille blanc vivant dans un quartier huppé, et la victime n’est qu’une moins que rien. Certes il n’a pas vraiment demandé l’aide du shérif ni celle de son ami procureur, mais il ne s’en est pas plaint non plus. King équilibre savamment tout au long de son récit l’équilibre entre la lâcheté passive des « braves gens » et le rejet d’une minorité. Billy, qui se targue de dire la vérité, toute la vérité à sa fille, n’aura pas le courage de répondre honnêtement à sa perplexité quant au délogement injustifié voir illégal des gitans. Il cherchera certes à préserver son innocence, mais il reconnaît en son for intérieur que les braves gens préfèrent fermer les yeux, entre résignation et xénophobie ordinaire.

D’ailleurs je dois dire que j’ai trouvé peu de personnages sympathiques dans ce roman, à part les gitans. Chacun a sa part d’ombre, que King sait si bien souligner. Billy va certes faire une introspection, forcée au vu des événements puisqu’il est dos au mur, mais va-t-il réellement changer ? Je vous laisse le découvrir.

Mon personnage préféré

Richard Ginelli est, sans le moindre doute, le personnage que j’ai préféré. C’est un homme d’affaires (comprendre « truand ») qui a autrefois fait appel aux services du cabinet de Billy, mais pour des affaires honnêtes. Les deux hommes ont gardé le contact et Ginelli sera la seule personne à croire à la théorie de la malédiction gitane que lui exposera Billy. C’est également le seul à agir en sa faveur, en prenant de surcroît de gros risques. Il a une certaine gouaille qui dénote de tout le reste, et lance l’action sur la dernière partie du roman. Un personnage atypique comme je les aime !

Un passage qui m’a marqué

D’emblée, je dirais tout simplement la fin. J’ai refermé le livre avec des frissons dans le dos. Mais je ne suis pas ici pour spoiler et vous gâcher l’envie de lire le roman n’est-ce pas ?

De ce fait, c’est mon 2e choix que je vous livre. Billy n’est pas le seul à subir les foudres de Taduz Lemke, le gitan qui a lancé la malédiction (et accessoirement père de la victime). Le shérif Hopley en fait également les frais d’une manière assez atroce. Billy, qui s’est probablement convaincu lui-même, lui explique quel discours il compte tenir devant le gitan, et les excuses qu’il compte présenter. La réponse d’Hopley est glaçante. Il lui explique à quel point il se fourvoie en pensant « raison » alors qu’il a pris une vie. Et lui fait comprendre que ses adversaires sont déterminés, qu’ils ne lâcheront rien. Pas de match nul.

Une citation

« C’est facile de rejeter la faute sur quelqu’un d’autre. C’est facile de se venger. Mais lorsqu’on regarde les choses d’un peu plus près, on ne tarde pas à s’apercevoir que les événements sont liés par une chaîne subtile de causes et d’effets, et que parfois ils se produisent quasiment d’eux-mêmes. En général on a scrupule à l’admettre, car dans ce cas on ne peut plus se soulager en tapant sur le premier bouc émissaire qui vous tombe sous la main. Il faut chercher un autre exutoire, et ce n’est jamais aussi simple, ni aussi satisfaisant. »

Le saviez-vous ? par Club Stephen King

  • L’idée de ce roman est venue à Stephen King lorsque son docteur lui a fortement conseillé de perdre du poids car il pesait alors plus de 100 kg. King a suivi ce conseil mais à regret et a commencé à penser à ce qui arriverait si quelqu’un commençait à perdre du poids et ne pouvait plus arrêter ce processus. Le titre de travail du roman était Gypsy Pie (La Tourte gitane, en français) et son premier jet a été écrit pendant l’été 1983.
  • Après la sortie du roman, le premier signé Richard Bachman à sortir en format à couverture rigide et avec une certaine publicité, de nombreux lecteurs remarquent des similitudes de style entre ce roman et ceux de Stephen King. Un critique littéraire écrit même que le roman « aurait pu être écrit par Stephen King si celui-ci savait écrire ». Des doutes sont alors formulés publiquement sur l’identité de l’auteur et c’est finalement Steve Brown, un employé de librairie, qui découvre le pot-aux-roses en janvier 1985 en examinant les formulaires de copyright de la Bibliothèque du Congrès. À la suite de la révélation de la véritable identité de Richard Bachman, les ventes de La Peau sur les os, publié quelques mois plus tôt, explosent, passant de 28 000 à 280 000 exemplaires. Le roman reste alors 25 semaines (dont quatre à la première place) sur la New York Times Best Seller list, y apparaissant le 3 mars 1985.

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  • Le livre sort fin 1984 aux USA. Stephen King révèle l’affaire de son pseudonyme dans la newsletter officielle du « Castle Rock » en mars 1985, mais « Thinner » est commercialisé au Royaume-Uni en aout 1985, sans aucune mention du nom de Stephen King alors que cela aidera aisément à booster les ventes! Et même chose pour la sortie française… en 1987!
  • Les éditions PS Publishing sortent en 2014 une édition limitée, illustrée par Les Edwards, pour célébrer le 30e anniversaire du livre.

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Bonus

Une adaptation cinématographique a été réalisée en 1996 par Tom Holland. Il n’est pas très bien noté sur Allociné (2,6 sur 5), mais l’histoire semble fidèle au roman. Je compte le voir très prochainement, au moins pour m’en faire ma propre idée.

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Une malédiction gitane ? Comment ne pas penser au film d’horreur Jusqu’en enfer (Drag me to hell) réalisé en 2009 par Sam Raimi ? « Christine Brown, spécialiste en crédit immobilier, vit à Los Angeles avec son petit ami, le Professeur Clay Dalton. Tout va pour le mieux jusqu’au jour où la mystérieuse Mme Ganush débarque à la banque et la supplie de lui accorder un crédit supplémentaire pour sa maison. Christine hésite entre la compassion et la pression de son patron, Mr Hicks, qui la voudrait plus ferme avant de lui octroyer une promotion. Fatalement, Christine choisit sa carrière, même si sa décision met Mme Ganush à la rue. Pour se venger, la vieille femme jette la malédiction du Lamia sur Christine, transformant sa vie en un véritable cauchemar… »

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4 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Coucou c’est moi ! =) Ta chronique est très bien écrite ! J’avais aimé le compte à rebours du poids qui descend inexorablement, de même que le nombre de participants de la Grande Marche qui baisse au fur et à mesure dans « Marche ou Crève », ou le nombre de jours qui reste à Ben pour survivre dans « Running Man ». C’est très Bachman tout ça…

    Aimé par 1 personne

    1. La p'tite Isa dit :

      Running Man 😍. Mon préféré. Bachman aime te torturer en annonçant que ça va mal finir et paf il enclenche le compte à rebours…

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  2. C’est mon tout premier King, lu il y a presque 20 ans, je ne l’oublierais jamais. Je me rappelle qu’ayant toujours eu des soucis de poids, ce livre m’avait traumatisée, et surtout, j’avais adoré que le « héros » du livre soit en réalité un vrai minable dont la mort lente et douloureuse nous terrorise autant qu’elle nous apaise.

    Aimé par 1 personne

    1. La p'tite Isa dit :

      Parfaitement d’accord avec toi. C’est tout le talent de King : on ressent à la fois pitié et mépris pour Billy. Un de ses meilleurs romans.

      J'aime

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