Troupe 52 de Nick Cutter

Un petit week-end scout entre amis, sur une île, coupés du monde. C’est une bonne idée, n’est-ce pas? (spoiler alert : non)

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genre : horreur

Pourquoi j’ai choisi ce livre / cet auteur ?

On achète souvent un livre quand il est recommandé par une personne de confiance. En l’occurrence il s’agit, rien que ça, de Stephen King lui-même. En plus la 1ère et la 4e de couverture sont alléchantes, et on découvre que Bret Easton Ellis, (pas un petit joueur en ce qui concerne les histoires choquantes et trash), l’a qualifié de « meilleur roman qu’il ait lu depuis longtemps ». Vous en conviendrez que cela en fait, des raisons de s’y mettre !

Résumé (sans spoil)

Un week-end qui s’annonçait plutôt bien : un groupe d’adolescents scouts partis sur l’île de Falstaff sous la direction du chef Tim Riggs. Ils y vont chaque année, c’est probablement la dernière fois car les enfants grandissent et ont parfois des intérêts qui évoluent. Toutes les conditions étaient réunies pour passer un bon moment entre amis, non ?

Ça aurait pu… si un individu étrange, doté d’un appétit particulièrement anormal et inquiétant, ne s’était pas imposé comme invité indésirable. Lorsque l’horreur commence, tous comprennent qu’il n’y a pas beaucoup d’options pour s’échapper. Il faudra alors faire preuve d’inventivité, et être impitoyable quand seule la survie compte…

Mon avis

J’avoue avoir été déçue de la tournure qu’a prise l’histoire. Au vu de la 4e de couverture je m’attendais à un petit survival sympa, en plus dans un milieu clos, s’agissant d’une île et n’ayant aucun moyen de fuir. Du coup le fait qu’on se dirige vers une histoire de contamination m’a surprise. L’angoisse de la contagion est finalement atténuée, car justement l’histoire se passe dans un milieu éloigné de la population. Quel est le risque le plus élevé ? Que tous les protagonistes soient atteints et qu’ils meurent les uns après les autres, sans risques et conséquences réels pour la civilisation. Certes les personnages sont des adolescents donc on est plus sensibles à leur sort, mais je trouve que les enjeux sont limités.

Le style d’écriture de Nick Cutter m’a paru assez simple. Suffisamment simple pour en faire une histoire qui se lit très rapidement, je le concède, mais cela frôle parfois le young adult. Notez qu’il ne s’agit absolument pas un a priori négatif sur ce type de littérature, mais il ne m’a pas paru en adéquation avec le thème et les événements relatés. Par contre l’alternance des chapitres avec des extraits des comptes rendus des expériences ou du procès était assez intéressante, et ne coupe en rien la dynamique du récit.

Une atmosphère de paranoïa s’installe progressivement, et la relation très particulière qui s’installe entre certains protagonistes (Shelley et Ephraïm, notamment) rendent le récit assez intrigant. Par contre, je ne suis pas particulièrement impressionnable, mais j’ai trouvé que certains passages assez gores étaient inutilement longs, inutilement crades. On sent l’envie de choquer purement gratuite, du coup ça dégoûte et je n’ai pas le sentiment que cela serve l’histoire.

Vous allez probablement penser que j’ai un petit grain de folie (et vous n’auriez pas complètement tort !), mais une maladie qui donne une faim irrépressible, dans un milieu fermé donc avec des ressources naturelles relativement limitées mais avec plusieurs êtres humains… j’ai pensé qu’on allait se diriger vers le cannibalisme. Au lieu de ça, le récit prend une direction que j’ai trouvé bien moins palpitante. Oui j’ai été déçue qu’on n’exploite pas d’autres possibilités. De surcroît certains personnages ont un potentiel insuffisamment exploité et notamment en terme d’intrigue pour un récit qui se veut au regard de la 4ième de couverture horrifique et terrifiant mais qui en soit déçoit sur ces points à maintes occasions.

Au final, je dirais que cela reste un roman assez sympathique, on ne s’y ennuie pas et on apprécie si on n’a pas un degré d’exigence trop élevé, mais pour moi ce n’est pas un incontournable. Le sujet est classique, assez convenu : une expérience scientifique qui tourne mal. L’équivalent du film pop-corn : on lit, c’est pas mal, et on passe vite à autre chose.

Mon personnage préféré

Sincèrement… aucun. J’ai trouvé les profils des cinq jeunes assez clichés : le sportif et leader naturel (et comme par hasard le fils du shérif), le nerd, les deux gentils amis depuis longtemps, le sociopathe…

Ah si, je peux vous donner le personnage qui m’a le plus marqué (et choqué, tant qu’on y est). Il s’agit de Shelley, qui semble un peu asocial de prime abord, mais on découvre peu à peu les terribles secrets qu’il cache. Le développement de ce personnage est très bien amené, son côté sombre dévoilé par bribes, et il se démarque nettement des autres.

Un passage qui m’a marqué

Ephraïm est persuadé d’être contaminé. Perdant peu à peu la raison, il tente de se débarrasser de son hôte indésirable. Sa détermination à le faire est proprement (ou plutôt salement, pour le coup) choquante. Cela montre que l’être humain est capable de se dépasser, de dépasser la douleur et son propre corps quand l’obsession est aussi ancrée dans l’esprit. Un passage glaçant.

Une citation

« Voulez-vous savoir quel est le vecteur de contagion le plus efficace connu des hommes ? […] C’est l’amour. L’amour est le pire assassin. Le dévouement. Le lait de la bonté humaine. Les êtres humains tiennent tant à sauver ceux qu’ils aiment qu’ils attrapent leurs maladies. En voulant soulager et apporter de l’aide, ils contractent des infections. Ensuite ils se font soigner par d’autres, qui sont infectés à leur tour. Et le cycle se poursuit. […] Voilà le problème des êtres humains. Ils se soucient trop des autres. Ils aiment à tout prix. Et ils finissent par le payer de leur vie. »

Le saviez-vous ? (par Club Stephen King)

Stephen King lit beaucoup, et il le fait savoir quand il lit un bon livre. Troupe 52 est un roman que Stephen King a encensé : « Troupe 52 m’a terrifié, et je ne pouvais pas le poser. C’est de l’horreur à l’ancienne, et à son meilleur. Âmes sensibles s’abstenir, mais pour nous autres, les malades, c’est le cadeau parfait pour une nuit d’hiver ».

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Bonus

Stephen King a eu une idée un peu similaire, dans le genre petite bébête méchante qui s’empare du corps de son hôte, il s’agit de Dreamcatcher : « Quatre amis se retrouvent annuellement pour une partie de chasse dans une forêt du Maine. Elle fut jadis leur terrain d’aventures, en compagnie de Duddits, l’enfant trisomique qu’ils avaient adopté comme un petit frère. Et le théâtre, aussi, d’événements qu’ils se sont efforcés d’oublier. Mais les mystères ressurgissent, sous la forme de présences étranges et menaçantes que l’armée a entrepris de surveiller de près. Au point de vouloir éliminer tous ceux qui ont pu être au contact de la chose… ». C’est le 1er livre que King a écrit après son terrible accident. Il ne fait pas, à mon sens, partie des incontournable mais si vous avez le cœur bien accroché, c’est à tenter !

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Un homme qui s’échappe d’un lieu d’expérimentation, un risque de contamination élevé… Cela ne vous rappelle pas un certain Fléau de Stephen King ? L’histoire qui se poursuit n’est pas la même, mais on a bien un point de départ similaire : « une pandémie de grippe créée en laboratoire se répand à travers les États-Unis et détruit la plus grande partie de la population. Les survivants vont alors se scinder en deux camps aux buts diamétralement opposés, reproduisant ainsi la lutte éternelle du Bien contre le Mal ».

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Impossible de ne pas évoquer l’excellent Sa majesté des mouches. D’ailleurs, je vous conseille de lire plutôt ce livre que Troupe 52, en toute sincérité. « Un avion transportant exclusivement des garçons anglais issus de la haute société s’écrase durant le vol sur une île déserte. Le pilote et les adultes accompagnateurs périssent. Livrés à eux-mêmes dans une nature sauvage et paradisiaque, les nombreux enfants survivants tentent de s’organiser en reproduisant les schémas sociaux qui leur ont été inculqués. Mais bien vite le vernis craque, la fragile société vole en éclats et laisse peu à peu la place à une organisation tribale, sauvage et violente bâtie autour d’un chef charismatique et d’une religion rudimentaire. Offrandes sacrificielles, chasse à l’homme, guerres sanglantes : la civilisation disparaît au profit d’un retour à un état proche de l’animal que les enfants les plus fragiles ou les plus raisonnables paient de leur existence. »

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Un huis-clos, une bestiole affreuse qui contamine les protagonistes les uns après les autres. C’est moi ou cela rappelle le culte film d’horreur The Thing de John Carpenter ? « Hiver 1982 au cœur de l’Antarctique. Une équipe de chercheurs composée de 12 hommes, découvre un corps enfoui sous la neige depuis plus de 100 000 ans. Décongelée, la créature retourne à la vie en prenant la forme de celui qu’elle veut ; dès lors, le soupçon s’installe entre les hommes de l’équipe. Où se cache la créature ? Qui habite-t-elle ? Un véritable combat s’engage. ». Il s’agit d’ailleurs d’une adaptation de la nouvelle La Bête d’un autre monde (Who goes there ?, récit éponyme du recueil Le ciel est mort) de John W. Campbell.

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2 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Zorro dit :

    Comme quoi, toutes ces histoires de citations d’autres grands auteurs, qu’on colle sur une couverture, c’est que du marketing, et rien d’autre. Pas du tout la garantie d’avoir une bonne lecture de qualité.
    Je ne suis pas dans le milieu de l’édition, mais je me demande même s’il n’existe pas une sorte de marché, ou même des mécanismes de bourses, ou d’enchères, pour ces citations, puisqu’elles valent de l’or.

    Aimé par 1 personne

  2. Tiens c’est rigolo parce que je me suis ruée dessus quand Stephen King a tweeté son avis (oui, Stephen King c’est un peu mon papa, j’écoute tout ce qu’il me dit) et pourtant, je ne l’ai jamais acheté, parce qu’une fois devant, il ne m’emballait plus ? Le synopsis ne m’a pas paru original du tout, alors je l’ai reposé, et j’ai acheté Le Fléau à la place, que je n’avais jamais lu (et mon dieu, quelle lecture !)

    Aimé par 1 personne

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