Les Langoliers de Stephen King

Prenez place à bord du vol Los Angeles – Boston. Quelques perturbations sont à prévoir…

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Genre : science-fiction, horreur

Année de publication originale : 1990

Pourquoi j’ai choisi ce livre / cet auteur ?

Minuit 2 fait typiquement partie de ces livres que j’ai achetés en craquant pour la couverture, mais sans le lire dans la foulée, ayant une PAL qui s’allonge et semble n’avoir jamais de fin. Parviendrai-je à en venir à bout un jour? On me le demande régulièrement. Je ne compte pas mourir avant, et du coup vivre éternellement (si vous avez une solution plus réaliste, à part évidemment arrêter d’acheter des livres, je prends!).

Ayant connu une petite panne de lecture avec de la SF, j’ai décidé d’en revenir à un auteur avec lequel je me sens comme chez moi : Stephen King. Une novella, le format est parfait pour se remettre à l’étrier.

Résumé (sans spoil)

Vol Lan Angeles – Boston. Un vol intérieur comme tant d’autres.

Des passagers de tout bord : un pilote sur le point d’enterrer son ex-femme, une fillette aveugle sur le point de recouvrer la vue, un businessman proche du point de rupture, et quelques autres.

Tous différents et pourtant unis par la même mésaventure : la grande majorité des passagers s’est volatilisée. Pas de corps, pas de sang. Juste comme évaporés.

L’aéroport qui les accueille semble totalement désert. Vraiment ? Mais d’où vient alors ce bruit étrange et inquiétant, qui se rapproche inexorablement?

Mon avis

Le récit est rythmé en 9 chapitres. Ceux qui connaissent un tant soit peu King (et j’ai déjà eu l’occasion d’en parler dans mes précédentes chroniques) savent qu’il adore annoncer un malheur. Avec les Langoliers, il pousse le vice jusqu’à décrire en quelques mots les événements à venir en début de chapitre. Certes de manière énigmatique et minimaliste, mais il annonce tout de même l’essentiel de l’intrigue, et on peut légitimement s’interroger sur ses intentions. A titre personnel, j’ai le sentiment qu’il nous indique que l’essentiel n’est pas la fin du voyage, mais le voyage lui-même. Je suis généralement d’accord avec ce paradigme, mais cette fois j’aurais préféré qu’il en dise moins. Pour autant, cela nous empêche-t-il de redouter la venue des Langoliers ? Je ne le crois pas. Le talent d’auteur est là : on anticipe plus ou moins ce qui va se passer mais on ne peut pas s’empêcher de tourner page après page, avide de connaître la suivante. Il y a un certain nombre de rebondissements, et comme toujours le mal ne vient pas toujours de l’extérieur. Les monstres sont parfois (souvent?) humains…

Il est fréquent que King place un auteur parmi les personnages principaux ou secondaires de ses histoires (Misery, La part des ténèbres, etc). Encore une fois il ne fait pas exception, avec le personnage d’Albert Kaussner. Ce personnage est d’autant plus intéressant que l’auteur fait porter un certain paradoxe en lui : alors qu’il écrit de la fiction, c’est lui qui va échafauder des théories, somme toute assez réalistes au vu de la situation improbable dans laquelle se trouvent les protagonistes, et aider ses compagnons d’infortune à ne pas paniquer.

Ma réserve c’est que justement j’ai trouvé les personnages un peu trop rationnels. Je ne dis pas qu’ils n’étaient pas inquiets, mais j’ai eu le sentiment qu’ils appréhendaient la situation assez calmement, une fois passée la stupeur de la découverte de leur situation (j’aurais probablement pété les plombs à titre personnel). De ce fait, excepté pour Toomy, qui est un cas à part (j’en reparle dans “mon personnage préféré”), je m’attendais à des réactions plus hystériques.

En parlant des thèmes de prédilection de Stephen King, force est de reconnaître que Dinah Bellman, la seule enfant du voyage, ressemble étrangement à d’autres enfants prodiges de l’univers de l’auteur. Sans pouvoir dire qu’elle a de réels pouvoirs comme Danny Torrance ou Charlie Mc Gee, elle fait preuve d’une ouïe quasi surnaturelle, et connaît des épisodes prémonitoires qui la mettent dans une catégorie à part de l’ensemble des protagonistes. Ce n’est pas un hasard, King préfère réserver ce rôle à des enfants, qui ont l’esprit bien moins étriqué que les adultes qui ont grandi et croient plus, et sont justement plus exposés au danger.

En ce qui concerne les créatures éponymes, je suis restée un peu sur ma faim avec les fameux Langoliers, pas aussi présents dans l’histoire que je l’aurais souhaité. Mais encore une fois, King privilégie l’atmosphère au gore gratuit et il est difficile de le lui reprocher.

J’ai trouvé la lecture agréable, peu de temps mort alors qu’il y a tout compte fait peu d’action, on est embarqué d’emblée dans ce vol dont on ne sait s’il y aura un retour. C’est ce que j’aime lire quand je lis un King.

Mon personnage préféré

Forcément, c’est le personnage le plus barré qui a retenu toute mon attention, autrement dit Craig Toomy. Plus sérieusement, il bénéficie d’un développement plus poussé que le reste des autres protagonistes. Il est d’emblée perçu comme un costume-cravate pédant, en menaçant le pilote de moult procès s’il ne le conduit pas à la destination, et paraissant complètement en décalage avec les autres passagers prioritairement désireux de se tirer de ce mauvais pas. Bien entendu son obsession incongrue pour sa fameuse réunion et les actionnaires près à en découdre cache les névroses d’un homme sur la corde raide.

King affectionne le thème de l’enfance sacrifiée, dont l’innocence est brisée par le monde impitoyable des adultes. Celle de Toomy se déroule sous le règne de la pression continue, voire de la terreur, à devoir faire toujours mieux, être dédaigné du moindre effort… cela promet une personnalité en apparence soumise, mais prête à exploser. Et quoi de plus dangereux que ce type d’homme ? Je vous laisse le découvrir par vous-même…

Un passage qui m’a marqué

J’ai trouvé King particulièrement malin de nous faire vivre la découverte de la disparition de la quasi-totalité des passages par les yeux de Dinah… qui est justement aveugle! On avance à tâtons avec elle, on avance avec ses mains qui cherchent désespérément son accompagnatrice, qui touchent des objets insolites laissés par les disparus. Aucun objet familier et notre ressenti de lecteur n’en est que plus fort.

Une citation

« Votre cerveau pouvait très bien vous expliquer qu’il fallait descendre, nuages ou pas, qu’il n’y avait pas le choix ; mais ça n’empêchait pas vos terminaisons nerveuses de vous hurler l’immémorial avertissement, de vous télégraphier des ondes de terreur survoltée – la terreur de l’inconnu. »

Le saviez-vous ? Par Club Stephen King

– Stephen King déteste prendre l’avion, il voyage donc autant que possible en voiture ce qui lui permet de s’arrêter comme il le désire… ce qui n’est bien entendu possible en prenant l’avion. Dans son introduction à l’anthologie « Flight or Fright », il raconte d’ailleurs une mésaventure lui étant arrivée lors d’un vol privé dans les années 80s.

– L’idée des Langoliers provient d’un vol avec un ami durant lequel il lui avait dit que ce serait bien si on pouvait voler sans s’en rendre compte. Ce à quoi son ami lui avait suggéré qu’il devrait être possible de réduire l’oxygène. Il s’agissait d’un vol privé, mais ils ne l’ont bien entendu pas fait.

– La novella de Stephen King fait une référence à son livre « Charlie » lorsqu’Albert, un des protagonistes, suggère l’idée qu’ils sont peut-être les cobayes d’une organisation gouvernementale (la Boite) à base de drogue hallucinogène pour étudier les effets du stress sur des citoyens.

– « Les Langoliers » a été transformé en téléfilm… dans lequel Stephen King y réalise un caméo (un petit rôle, comme le faisait régulièrement Hitchcock). Les caméos de Stephen King sont à retrouver ici.

Bonus

Comme beaucoup d’œuvres de Stephen King, les Langoliers ont eu l’honneur d’une adaptation cinématographique en 1995 par Tom Holland. A titre personnel je l’ai trouvée un peu datée, et pas franchement effrayante. Question effets spéciaux, on sait le manque de budget à chaque plan. Alors ok, je l’admets, je me suis aussi endormie donc je ne peux pas livrer un avis définitif, mais c’est dire le niveau de suspense et de terreur qu’elle a suscité en moi. On va dire que ça se laisse regarder comme une curiosité si on n’a rien de mieux à faire.

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Le basculement dans une dimension parallèle m’a fortement évoqué Silent Hill. N’étant pas une gameuse accomplie, j’évoquerai uniquement le film d’horreur de Christophe Gans, sorti en 2006, qui adapte les jeux vidéos éponymes. Même si l’univers des Langoliers parait presque rassurant en comparaison, je trouve que le parallèle se tient. « De plus en plus souvent, la petite Sharon rêve d’une ville abandonnée, Silent Hill. Sa mère, Rose, décidée à comprendre l’étrange mal dont souffre son enfant, décide de l’accompagner sur place. Alors qu’elles pénètrent dans cet univers lugubre, Sharon disparaît. Rose se lance à sa poursuite, mais se rend vite compte que ce lieu étrange ne ressemble à rien de normal. Noyée dans le brouillard, peuplée d’étranges créatures, hantée par des ténèbres vivantes qui dévorent littéralement tout ce qu’elles touchent, cette dimension va peu à peu livrer ses terrifiants secrets…

Avec l’aide de Cybil, de la police locale, Rose se jette dans une quête éperdue pour arracher sa fille au monde de Silent Hill. D’indices en épreuves, elle va découvrir tout ce que Sharon risque et ce qu’elle représente dans une malédiction qui dépasse tout… »

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