Joyland de Stephen King

C’est l’été! Profitez-en pour faire une petite halte à Joyland. Un tour sur la grande roue, et plongez dans la nostalgie des fêtes foraines!

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Genre : suspense

Année d’édition originale : 2014

Pourquoi j’ai choisi ce livre / cet auteur ?

Savez-vous ce que c’est, que d’être atteint de « tsundoku » ? Je vais éclairer votre lanterne. C’est une douce maladie de l’accumulation de livres sans les lire. Vous craquez pour une couverture, un titre, un auteur, une occasion… puis vous empilez tout ça avec l’idée plus ou moins lointaine de le lire un jour.

C’est ainsi que Joyland avait atterri dans ma bibliothèque : c’est un King, donc je me devais de le posséder. Et puis la couverture est chouette, vous avouerez. L’histoire ne m’attirait pas outre mesure, mais le livre était là, au cas où un déclic m’inviterait un jour à sa lecture.

Ce déclic, ce fut l’annonce de l’équipe du podcast Le roi Stephen d’y consacrer un épisode. N’en rajoutez plus : je sors l’élu de la bibliothèque… et c’est parti.

Résumé (sans spoil)

« TRAVAILLEZ PLUS PRÈS DU CIEL! »

Quel étudiant de 21 ans ne serait pas séduit par ce boniment? Une annonce dans un journal laissé dans la cafétéria où il officie lorsqu’il n’étudie pas, et Devin Jones est parti pour la saison la plus mouvementée de sa vie à Joyland.

Joyland, ce petit parc d’attraction, ses forains de chez forain et ses bleus, des employés qui dureront une saison à peine, ses lapins qui viennent dépenser naïvement leurs économies… et surtout ses mystères.

Devin apprendra bien vite le terrible meurtre d’une jeune femme survenu quatre années auparavant. Que s’est-il vraiment passé dans l’attraction de la maison hantée? Meurtre ou entité surnaturelle? Attraction truquée ou lieu mystérieux?

Prends ton ticket le plouc, et monte dans la grande roue de l’été et l’automne 1973…

Mon avis

Autant le dire tout de suite : les amateurs de King qui recherchent l’effroi et les frissons en seront pour leurs frais. Pas de clown maléfique, pas de monstre tapi sous un épais brouillard.

Devin Jones est le narrateur d’un récit écrit à la 1ère personne, une trentaine d’années environ après les faits décrits. Le parti pris de cette narration est évidemment d’embarquer le lecteur dans son histoire. A quel point sa retranscription est-elle fidèle à la réalité qu’il semble idéaliser? Difficile à dire. Comme il le dit lui-même, « s’agissant du passé, on écrit tous de la fiction ».

King décrit des personnages pittoresques et nous transporte dans l’ambiance de la fête foraine côté coulisses.

Tout d’abord on a la Parlure, c’est-à-dire un moyen d’expressions et de tournures propres à un groupe social (c’est wiki qui l’a dit). Ici il s’agit donc du langage des forains et compris principalement d’eux seuls, auquel Devin est sensibilisé dès son arrivée sur Joyland. Et quel autre vecteur d’intégration au sein d’une communauté est plus fort que le langage, qui est autant de clins d’œil entre forains contre les « lapins », ces touristes qui se repartiront le cœur plus léger (et le portefeuille également, indéniablement)? A 21 ans, à un âge où on est encore dans les études comme Devin et on se cherche professionnellement parlant, on est vite séduit par l’ambiance foraine.

Il sera aidé dans sa tâche par des personnages hauts en couleur à Joyland, Freddy Dean (discret easter egg, en référence au compagnon de Roland Deschains?), le boss de Devin qui a plus d’un tour dans son sac, Lane Hardy qui va initier notre jeune héros à son nouveau boulot de Gentil assistant, sans oublier Dame Fortuna la voyante. King s’amuse à nos dépens : est-elle véritablement douée de double vue, ou plutôt dotée d’une perspicacité peu commune? Une chose est sûre, elle aura un rôle de guide pour Devin et les événements qui vont le marquer. Surnaturel, nature humaine noire? Je laisse King vous surprendre.

Stephen King joue pour Joyland la carte de la nostalgie, plutôt que de l’action et l’angoisse. Nous sommes tous allés dans une fête foraine dans notre enfance, certains comme votre humble serviteuse n’ont pas arrêté de s’y émerveiller. Même si l’action se déroule plutôt dans les coulisses de la magie, qui n’a jamais eu envie de découvrir l’envers du décor? D’autant plus que l’auteur réussit à lever le rideau sans la dévoiler complètement, et ni la gâcher donc. Je ne sais pas vous, mais depuis que j’ai refermé le livre, j’ai bon espoir d’y retourner et d’y emmener mes petites têtes blondes.

L’intrigue autour du meurtre de Linda Gray dans la maison de l’Horreur servira de fil rouge au roman, et bien que Devin ait à cœur de résoudre cette énigme, l’auteur nous embarque dans une tranche de vie d’un jeune homme à un carrefour de sa vie : plus un adolescent, pas encore un adulte. La saison n’a pas été choisie au hasard, même si l’histoire s’étire sur la suivante. L’été est une bulle irréelle dans l’année : on y fait des rencontres éphémères (ou non), amicales ou amoureuses, mais qui marqueront pour la vie. On y exerce un job temporaire, on n’est pas sérieux à cette période, même si tous les événements que vivra Devin ne seront pas légers. Le temps s’étire différemment à cette période, avant de reprendre la « vraie vie ».

Tous ces éléments concourent à immerger le lecteur dans l’ambiance du roman. Stephen King est décidément un conteur hors pair. Indéniablement.

Mon impression de lectrice? C’est compliqué. Je ne dirais pas que je me suis ennuyée avec ce roman. Je l’ai lu assez vite, je n’ai pas eu l’impression qu’il y avait des longueurs. Les personnages sont attachants, le lieu est propice à la nostalgie, l’histoire réserve quelques surprises même. Et pourtant… il m’a manqué un truc, celui qui fait dire « waouh » en fermant un livre. Joyland est typiquement ce genre de roman de King qui me fait douter de mon objectivité sur l’appréciation que j’en ai. Si ça avait été un autre auteur, l’aurais-je autant apprécié? Ai-je, bien malgré moi, tendance à chercher les qualités de son histoire là où j’aurais été bien moins indulgente avec un autre auteur? Ou a contrario ai-je trop d’attentes envers cet auteur qui m’a fait passer tant de nuits blanches, la lampe de poche à la main, obnubilée par la nécessité de tourner la page d’après? Je n’ai pas la réponse.

Reste un roman d’apprentissage plaisant à lire, réellement. Une lecture d’été, au cours de laquelle on se laisse porter, tout simplement.

Mon personnage préféré

Bien que cela paraisse en contradiction avec ce que j’ai dit plus haut (personnages hauts en couleurs, etc), j’ai justement eu du mal à me décider sur ce point.

Finalement, c’est Mike Ross, le gamin en chaise roulante, surprotégé par sa mère célibataire/célibattante. Devin fera peu à peu sa connaissance, au fur et à mesure que sa mère laissera ce dernier approcher et faire voler son cerf-volant. Il est douloureusement mature pour un gosse de son âge, et il aura un rôle à jouer dans la vie de notre héros. Je ne dirais pas que c’est le personnage que j’ai préféré, mais plutôt qui m’a le plus touchée. Le fait qu’il ait un point commun avec d’autres jeunes enfants de la bibliographie de King n’y est pas étranger non plus.

Un passage qui m’a marqué

Devin Jones et ses deux amis Tom Kennedy et Erin Cook vont vouloir en avoir le coeur net : la maison de l’horreur est-elle vraiment hantée? Ou prosaïquement s’agit-il d’un simple piège à touristes, une légende pour attirer les touristes en quête de sensations fortes?

Un des trois aura la réponse. Pas celui qu’on croit. Et pas la vérité qu’on attendait forcément. Oui je sais je vous arnaque, puisque je vous invite à lire le livre pour le découvrir…

Une citation

« Quand t’as vingt et un ans, la vie est nette comme une carte routière.

C’est seulement quand t’arrives à vingt-cinq ans que tu commences à soupçonner que tu tenais la carte à l’envers… et à quarante que t’en as la certitude.

Quand t’atteins les soixante, alors là, crois-moi, t’es définitivement largué. »

Le saviez-vous ? Par Club Stephen King

  • L’idée de ce roman est apparue à Stephen King sous la forme de l’image d’un garçon en fauteuil roulant qui faisait voler un cerf-volant. Cette photo dans son esprit, l’auteur a commencé à cogiter et l’a assemblé à une histoire autour d’un parc d’attraction.
  • Comme avec « Colorado Kid », ce livre n’a pas été publié par Scribner, l’éditeur américain de Stephen King depuis 20 ans, mais directement en poche, par Hard Case Crime, un éditeur spécialisé dans les pulps. Charles Ardai, son fondateur, avait initialement contacté l’écrivain pour obtenir un blurb (une accroche promotionnelle de quelques mots) pour sa collection de livres, mais Stephen King a au contraire souhaité lui écrire un livre : « Colorado Kid ». Et a par la suite écrit ce « Joyland » là encore pour cet éditeur !

Pour en savoir plus, je vous invite à consulter la page du site de Club Stephen King consacré à Joyland (lien ici).

Bonus

Je vous propose une petite sélection autour de la fête foraine. Frissons garantis!

Commençons par un maître de l’épouvante, Dean Koontz et La nuit du forain. « Il était l’instrument de la vengeance.
Il avait grandi dans les ténèbres pendant vingt-cinq ans. Et maintenant il ne pouvait s’empêcher de tuer, sauvagement, chaque fois que l’occasion s’en présentait. Papa le lui reprochait toujours, mais il sentait bien qu’au fond il était fier de lui. Cette nuit, dans le train-fantôme , il allait enfin rencontrer ceux qu’il était né pour tuer : Amy et son petit frère Joey. Papa allait vraiment être content. Peut-être même qu’il le laisserait aussi s’amuser avec les autres… »

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Un petit film d’horreur maintenant? Et pourquoi pas Massacres dans le train fantôme (The Funhouse) de Tobe Hooper, sorti en 1981? « C’est la fête ! Un parc d’attractions vient de s’installer en ville. Quatre adolescents délurés décident de passer la nuit à l’intérieur du manège le plus imposant de la fête : un mystérieux train fantôme. Alors que le parc ferme, les ennuis commencent pour nos quatre héros. »

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Pour la petite histoire, Dean Koontz sortit une novélisation du film sous le pseudonyme d’Owen West et ajouta de nombreux éléments originaux non présents dans le scénario. Entre ce fait et celui de la sortie du livre avant celle du film à cause des retards pris durant la phase de postproduction, il est souvent considéré, à tort, que le film est tiré du roman.

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Il n’est plus besoin de présenter Ray Bradbury et ses Chroniques martiennes ou Fahrenheit 451. Mais connaissez-vous la Foire des ténèbres, publié 10 ans après ses illustres aînés?

« Quelques jours avant Halloween, la foire est arrivée à Green Town en pleine nuit, dans un train mystérieux. Jim et Will ont entendu le chant de l’orgue et le sifflet du train, ils ont vu la foire débarquer. Seuls témoins d’événements inquiétants, ils savent qu’elle a de noirs desseins. Un carrousel qui, en tournant à rebours, inverse le cours du temps, la plus belle femme du monde endormie dans un bloc de glace, un homme qui a le pouvoir d’exaucer les vœux les plus fous… telles sont les attractions de cette foire de cauchemar. »

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Pour finir en douceur, lisez cette nouvelle méconnue du même auteur intitulée La grande roue. « Deux petits garçons fascinés par les lumières d’une foire. Une grande roue qui tourne, tourne et d’où l’on redescend méconnaissable. Si on en redescend… » Le regard magique de l’enfance capable de réduire en cendres les manigances des adultes, les bruits, les odeurs d’un village américain, le charme inimitable de Ray Bradbury.

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