Revival de Stephen King

L’électricité c’est comme le feu. Si on s’en approche de trop près, on s’y brûle les doigts.

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Genre : fantastique

Année d’édition originale : 2014

Pourquoi j’ai choisi ce livre / cet auteur ?

Un blogueur « qui compte » (comprendre : qui fait des chroniques particulièrement pertinentes, sympathique et dont la notoriété méritée grandit) m’a proposé d’entamer un challenge de lecture de l’automne un peu particulier. Cette saison est propice aux challenges littéraires : on a tous envie avec l’arrivée du froid et de la pluie de se planquer sous un plaid, de prendre une boisson chaude et de lire jusqu’au retour du printemps. Pour le coup il m’était difficile de refuser, puisqu’il s’agissait de se lancer dans un marathon de lecture de Stephen King! Si en plus votre blogueur préféré vous propose une lecture commune, c’est simplement parfait. C’est donc parti pour Revival de Stephen King.

Résumé (sans spoil)

Tout commence en octobre 1962. Le monde est suspendu au-dessus d’une petite bande de terre tropicale nommé Cuba. Mais pour Jamie et Charles Jacobs, c’est le mois qui voit naître leur rencontre, et les 30 années qui suivront verront leurs destins tantôt se croiser, tantôt s’éloigner. L’un va connaître une carrière de guitariste en mode sex, rock&roll et surtout drogue, l’autre restera pasteur, bien que le dieu auquel il accordera sa foi sera fluctuant. Ce qui les unit? Cette fascination pour l’électricité. Cette fée électricité qui anime les objets mais pas seulement. Cette soif jamais rassasiée de connaissances et d’expérimentations.

Mon avis

Que dire… Déjà cette chronique m’aura longtemps trotté dans la tête et force est de reconnaître que ce roman ne fera pas partie de mes préférés de King. Oui on peut être fan et garder un esprit critique, même si ce n’est pas de gaité de cœur. Je vais tâcher de m’expliquer sans spoiler.

Déjà, le schéma narratif est un poil répétitif. Les destins de Jamie (le narrateur) et de Jacobs s’entremêleront pendant les 30 ans qui vont s’écouler. On assistera à leur ascension, leur chute et leur rédemption. Peut-être pas dans le même ordre, mais cela renforce la sensation qu’ils ne pourront échapper l’un à l’autre. Leurs relations sont pour le moins électriques: admiration? Répulsion? Méfiance? Confiance? Sans doute un peu de tout cela. Ils se rencontrent, de manière fortuite ou non, Jamie assiste aux expérimentations électriques de Jacobs, qui sont plus impressionnantes à chaque fois, et assiste aux « miracles » qu’il réalise. Puis ils repartent chacun de leur côté. Bien qu’il y ait cet effet crescendo pour maintenir la tension intacte, j’ai trouvé la répétition parfois lassante et cela m’a parfois fait sortir de l’histoire.

Comme à son habitude, King parsème quelques références à d’autres romans, la plus évidente étant Joyland (voir ma chronique sur le roman si vous le souhaitez). L’ambiance de fête foraine est présente lors des représentations de Jacobs, il harangue la foule de curieux comme autrefois ses paroissiens (la comparaison est un rien blasphématoire, mais est-ce étonnant de la part de l’auteur?), tels les forains et leur argot si particulier nommé la Parlure. Mais j’admets ne pas avoir été plus touchée que cela par cette référence au Kinguniverse, certainement parce qu’il ne s’agissait pas d’une œuvre vraiment marquante, sympathique tout au plus.

La quatrième de couverture indique que Revival serait un hommage à Edgar Allan Poe, Nathaniel Hawthorne et Lovecraft. Malheureusement n’ayant que peu ou prou lu ces auteurs, peut-être me manque t-il des références pour appréhender différemment ce roman. La référence à Frankenstein est par contre évidente. Jacobs, durement éprouvé au cours de son existence, n’aura de cesse de comprendre la vie, tenter de la réparer par le biais de l’électricité. Il se targue de guérir des malades grâce à la « magie » de la Fée électricité, mais finalement soit il s’agit de bluff, soit de guérisons mais il y a un prix à payer pour ce contournement des lois de la nature. Ce thème est d’ailleurs assez récurrent dans les œuvres de science-fiction qui vont suivre Frankenstein (j’en reparle dans la section bonus ci-dessous). Lors de ces effets secondaires, on retrouvait d’ailleurs par bribes tout le talent de King pour donner des frissons dans le dos, et ces moments, bien que trop rares, étaient forts bienvenus.

Malgré ces points mitigés, je n’ai pas abandonné la lecture, et je me suis sentie un peu dans la peau de Jamie : une envie de m’éloigner du livre comme lui de Jacobs, tout en souhaitant savoir comment tout cela va finir (même en sachant que cela peut difficilement être une heureuse issue). Je ne peux donc pas dire que je me sois ennuyée.

Au final on a un livre pas spécialement mauvais, ni spécialement bon. Soit je suis passée à coté, soit il ne m’a tout simplement pas parlée. Je n’en recommande pas personnellement la lecture, car j’aime vibrer un peu plus que cela quand je me plonge dans un roman, mais vous pouvez aussi vous faire votre propre idée et contrairement à certains King pour lesquels je suis plus catégorique (Sleeping beauties, si tu m’entends…) je ne découragerais pas la découverte. Et je suis assez demandeuse d’un retour de ceux qui l’ont lu pour discuter de la fin, dont je ne peux évidemment pas parler ici, mais qui interoge.

Mon personnage préféré

Le personnage de Jacobs et son fanatisme m’ont assez marqué. Cet homme sera durement éprouvé par la vie, et ce qui n’était qu’un intérêt (l’électricité donc) deviendra une passion dévorante, la quête d’une vie entière. C’est un anti-héros comme je les aime assez, car on comprend ses motivations, on est fasciné par le personnage tout en n’appréciant pas forcément son côté manipulateur. Tel le courant électrique, alternativement positif et négatif, il attire et repousse tour à tour.

Un passage qui m’a marqué

Stephen King n’aime définitivement pas les pasteurs ou hommes d’église heureux, il aime les mettre durement à l’épreuve (souvenez-vous du père Callahan dans Salem). En même temps, tout se passait plutôt bien jusqu’à ce point du récit, c’était couru d’avance qu’un drame allait survenir. Un accident, et tout bascule. Un accident, et Charles Jacobs perdra la foi pour de bon. L’accident est atroce, comme d’habitude King n’est pas avare de détails sanguinolents, et cela choque d’autant plus que cela survient pendant une période parfaitement heureuse. En même temps, n’est-ce pas le propre des événements tragiques? Ils vous attendent au tournant et vous fauchent sans crier gare. Glaçant…

Une fois n’est pas coutume, j’ai hésité pour le passage marquant avec le fameux sermon du pasteur post-accident, ou comment tel un Job durement éprouvé par le créateur qu’il a jusqu’à présent servi fidèlement il prêche sans pitié sur l’absurdité de la vie. Mais je vous en laisse la primeur. Je vous mets même au défi de ne pas être retourné par ce passage.

Une citation

« Qu’est-ce qu’un atome? Personne ne le sait vraiment! C’est là qu’intervient la religion. L’électricité est l’une des portes que Dieu a ouvertes vers l’infini. »

Le saviez-vous ? Par Club Stephen King

  • Stephen King dédie ce roman à « ARTHUR MACHEN, dont le roman Le Grand Dieu Pan m’a hanté toute ma vie ». Dans une auto-interview de 2008, Stephen King écrivait que ce roman « est une des meilleures histoires d’horreur jamais écrite. Peut-être la meilleure dans la langue anglaise. »
  • Parmi les autres auteurs auxquels est dédié ce roman, se trouve Mary Shelley, autrice du classique « Frankenstein ». Ce livre fut publié, au début des années 80s par Marvel, dans une édition préfacée par Stephen King et illustrée par Bernie Wrightson. Cette édition fut traduite et publiée en 1983 en France aux éditions Albin Michel.
  • Une édition limitée du roman « Revival » est actuellement en préparation par les éditions Letterpress, accompagnée d’illustrations de François Vaillancourt, un illustrateur canadien.

Bonus

Je sais qu’on va me reprocher de faire dans la facilité pour entamer cette rubrique, mais avec une référence, un hommage aussi appuyé, que l’on devine avant même la lecture ne serait-ce que par la couverture, comment faire autrement? Il s’agit évidemment de « Frankenstein ou le Prométhée moderne ». Ce roman épistolaire publié anonymement le par Mary Shelley, et traduit pour la première fois en français par Jules Saladin, en 1821. Il relate la création par un jeune savant suisse, Victor Frankenstein, d’un être vivant assemblé avec des parties de chairs mortes. Horrifié par l’aspect hideux de l’être auquel il a donné la vie, Frankenstein abandonne son « monstre ». Mais ce dernier, doué d’intelligence, se venge par la suite d’avoir été rejeté par son créateur et persécuté par la société.

Frankenstein-ou-Le-Promethee-moderne

Je recommande également la lecture de la préface du cycle des robots d’Isaac Asimov, dans laquelle l’auteur développe ses explications sur ce qu’il nomme le « complexe de Frankenstein » et en concluant qu’il refusait pour ses histoires de robots cette fameuse destinée faustienne, à savoir que la créature se retournera fatalement contre son créateur, en punition d’avoir voulu se substituer au Créateur.

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Je conclus avec un conseil de cinéphile, en proposant « Le Prestige » de Christopher Nolan. « Londres, au début du siècle dernier… Robert Angier et Alfred Borden sont deux magiciens surdoués, promis dès leur plus jeune âge à un glorieux avenir. Une compétition amicale les oppose d’abord l’un à l’autre, mais l’émulation tourne vite à la jalousie, puis à la haine. Devenus de farouches ennemis, les deux rivaux vont s’efforcer de se détruire l’un l’autre en usant des plus noirs secrets de leur art. Cette obsession aura pour leur entourage des conséquences dramatiques… « . Sur fond d’expériences scientifiques électriques, de volonté d’amuser et subjuguer le public, c’est une quête d’accéder à la vérité, aussi difficile soit-elle. Le roman qui l’a inspiré, écrit par Christopher Priest, est également à lire.

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